Interview d'Isabelle AUBIN, commissaire de police

 
 
Interview d'Isabelle AUBIN, commissaire de police

Le commissaire de police Isabelle Aubin quitte le département de l'Eure et rejoint le service départemental de police judiciaire des Hauts-de-Seine.

Vous quittez le département de l'Eure pour quelle destination et quelles missions, c'est un choix ? votre successeur a-t-il été nommé ?

Je quitte le département de l'Eure pour le service départemental de police judiciaire des Hauts-de-Seine (SDPJ 92), basé à Nanterre. Je prendrai officiellement mon poste là-bas le 7 avril et mes missions seront celles de chef de section des affaires criminelles. Concrètement, j'aurais six groupes d'enquête placés sous ma responsabilité, pour un effectif d'environ 50 fonctionnaires : deux groupes criminels, un groupe de répression du banditisme, deux groupes stupéfiants et un groupe dit "cités", qui est une création propre à la Préfecture de Police visant à lutter contre l'économie souterraine dans les quartiers sous toutes ses formes (trafics de stupéfiants certes, mais également trafic d'armes, de véhicules...). Mon futur service a une compétence territoriale sur l'ensemble du département des Hauts-de-Seine et a donc vocation à être saisi par le Procureur de la République afin de mener des enquêtes sur des faits d'une certaine gravité (homicides, viols, vols à main armée contre les établissements financiers et les bijouteries, vols en bande organisée, trafic de stupéfiants et d'armes...).

Ce départ de l'Eure pour rejoindre un service de police judiciaire est effectivement un choix qui me tenait beaucoup à cœur depuis ma sortie d'école de commissaires de police. Dès que j'ai satisfait aux conditions d'ancienneté requises (2 ans après la sortie d'école), j'ai pu ainsi faire plusieurs demandes de mutation en police judiciaire, mais elles n'avaient jusqu'alors jamais abouti. En effet, la police judiciaire est pour moi une réelle vocation. J'ai toujours été attirée par les enquêtes judiciaires complexes et au long cours, et je dois dire que je ne trouvais pas véritablement mon compte en commissariat. Pourtant, je pense que certaines affaires intéressantes peuvent être traitées au niveau d'un commissariat. La difficulté, c'est que les fonctionnaires en poste dans les brigades de sûreté urbaine des commissariats sont très sollicités à tous les niveaux et doivent gérer un volume important de dossiers qui ne leur permet pas de consacrer beaucoup de temps sur une enquête car cela reviendrait à pénaliser d'autres dossiers en cours. L'avantage en police judiciaire, c'est que nous sommes saisis d'un nombre limité d'affaires, ce qui permet d'organiser mieux son travail, et de travailler sans doute avec les "coudées plus franches". Mais gérer des affaires judiciaires lourdes et au long cours est aussi très exigeant, parce qu'il faut pour cela de la rigueur, de l'abnégation et une disponibilité sans failles. Or les fonctionnaires qui travaillent en commissariat ne sont pas tous prêts à consacrer autant de temps à leur travail au détriment de leur vie privée. Enfin, en tant que chef de circonscription, j'ai trouvé que je passais une grande partie de mon temps à gérer administrativement le commissariat, avec malheureusement que peu de temps pour suivre en détail les affaires judiciaires diligentées par le service. Je me suis efforcée de le faire dès que cela était possible, mais au final je ressentais une certaine frustration à ne pas pouvoir passer plus de temps à superviser l'activité de mes enquêteurs. En police judiciaire, cela sera le cœur de mon métier.

S'agissant de mon successeur, je vous confirme qu'il a été officiellement nommé. Je peux même vous donner son nom : il s'agit du commissaire de police Arnaud BELDON. C'est un collègue qui vient de sortir de l'école des commissaires de police : pour autant, il a déjà eu une expérience dans la police car il est issu d'un recrutement interne. Ce qui est amusant, c'est qu'il travaillait, avant de rejoindre l'école des commissaires, au SDPJ 92... nos parcours professionnels se croisent en quelque sorte!

Que retiendrez-vous de votre passage dans l'Eure ?

Je dois dire que ce passage dans l'Eure restera un souvenir ému pour moi car il s'agit du département où j'aurais fait mes premières armes en service actif. J'y ai découvert le métier de commissaire de sécurité publique qui est très exigeant et qui est à mille lieux de l'image que l'on s'en fait en sortie d'école des commissaires. J'y ai fait également de belles rencontres professionnelles. Il faut dire que l'expérience a été enrichissante car la sécurité publique permet précisément de rencontrer des personnes d'horizons divers et variés, et ainsi en quelque sorte de se construire soi-même. J'ai eu aussi cette opportunité de travailler dans deux commissariats différents, celui d'Évreux puis celui de Val de Reuil/Louviers, ce qui m'a permis là encore d'avoir une vue très complète de l'activité policière sur le département. Je garderai enfin l'image d'un département verdoyant, aux gens chaleureux et aux beaux paysages, qui m'aura permis de m'éloigner un peu du rythme parfois effréné de la région parisienne auquel j'étais habituée.

Pouvez-vous nous raconter un moment ou plusieurs moments forts vécus dans l'Eure ?

L'un des moments les plus forts pour moi a été la résolution en 2012 d'une enquête d'extorsion et tentative d'extorsion à main armée au préjudice du restaurant Buffalo Grill d'Évreux. J'ai apprécié ce moment professionnel car j'ai pu faire justement ce qui m'a fait embrasser la carrière de policier : être au plus près des enquêtes judiciaires. Dès le début, j'ai été directeur d'enquête dans ce dossier car je sentais que l'affaire était "sortable" et en même temps que les victimes avaient placé beaucoup d'espoir en nous. J'ai donc pris énormément de plaisir à conduire cette enquête, à rechercher toutes les pistes qui pouvaient être exploitées jusqu'à retrouver notre suspect. Le moment de l'interpellation de ce dernier restera un grand moment professionnel pour moi car j'ai fait appel au RAID en raison des risques que présentait son interpellation. La mise en place de cette opération d'interpellation a été très instructive en ce que j'ai effectué moi-même toutes les vérifications demandées par le RAID pour qu'ils puissent planifier au mieux leur intervention et nous assister en toute sécurité. Et puis, au final, l'enquête a porté ses fruits puisque l'individu nous a reconnu l'ensemble des faits en garde à vue et a été écroué. C'est un sentiment très agréable de voir quelqu'un en garde à vue vous expliquer des choses que vous aviez vous-même, en tant qu'enquêteur, ressenti et envisagé. J'ai enfin beaucoup apprécié la préparation de la visite officielle du président de la République François HOLLANDE en janvier 2013. Les voyages officiels ne sont jamais des événements anodins pour les services de police, et là encore j'ai pu découvrir tous les rouages de l'élaboration du dispositif, dans un contexte autre que celui de l'ordre public parisien qui est celui que je connaissais pour avoir fait mes stages à Paris.